« I don’t recognize that man. He’s kind and patient ! »

Publié le par sharkjumping

Depuis dimanche 25 mars au soir, le trend « Zou Bisou Bisou » enflamme Twitter, en référence aux deux premiers épisodes de la saison 5 de Mad Men, sortis sur AMC après plus de 500 jours d’absence depuis la saison précédente.

 

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Deux des quatre-vingt dix minutes diffusées furent en effet consacrées à la reprise de la chanson de 1962 de Gillian Hills par Megan, l’ancienne secrétaire de Don Draper, que celui-ci avait demandé en mariage à la fin de la saison 4.


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(Megan, un peu déçue que La Nouvelle Star n’existât pas encore en 1966)

 

Pas de grande surprise (au grand regret de la majorité des téléspectateurs ainsi que des personnages, qui ne comprenaient pas la décision impulsive d’un Don qui avait pourtant passé de longs mois monogames en compagnie de Dr. Faye) : les deux amoureux se sont bien mariés et vivent dans loft immense dans Manhattan.

 

Don a bel et bien abandonné sa maison parfaite dans les suburbs, et incarne une famille « moderne » en n'ayant la garde de ses enfants qu’un week-end sur deux, tandis que ceux-ci se font peu à peu à la présence de leur nouvelle et jeune belle-mère.

 

Cette dernière accumule néanmoins les faux-pas lorsqu’il s’agit de plaire à son mari ; non seulement elle lui organise une fête surprise pour ses quarante ans, mais elle n’hésite pas à se donner en spectacle devant les collègues de Don, qui sont également les siens, depuis qu’elle est passée de secrétaire à rédactrice pour l’agence SCDP (Sterling, Cooper, Draper, Pryce).

 

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(Don Draper, un homme qui sait cacher sa gêne)

 

Y aurait-il déjà de l’eau dans le gaz chez les Draper ? C’est ce que ces deux premiers épisodes semblent annoncer, même si l’on remarque aisément que Don n’est plus vraiment le même homme. Comme le dit Peggy alors qu’il refuse de la soutenir face à un client difficile à satisfaire: « Clients are right, all of a sudden ? I don’t recognize this man. He’s kind, and patient ! ».

 

En effet, le publiciste le plus connu du petit écran ne vit plus que pour son métier, et il l’affirme lui-même ; c’est sa femme qui passe avant tout. Ou peut-être bien sa libido, car il semble penser que chaque moment passé avec Megan doive inéluctablement se transformer en scène torride.

 

A l’opposé, cette dernière cherche à creuser son trou dans le monde de la publicité et ne compte pas abandonner qui elle est pour plaire à son macho de mari. Car ce qui est le plus flagrant, dans ces deux épisodes, c’est l’absence de Don Draper.

 

Les scénaristes accumulent les indices pour nous faire comprendre que celui-ci vieillit : on entend à plusieurs reprises qu’il a 40 ans (même si en réalité c’est son « personnage » Don qui les a, alors que Dick Whitman a passé cet barre fatidique depuis des mois), il est mal à l’aise à sa propre soirée car sa femme la passe à bavarder avec des jeunes de son âge, il jure presque avec le décor moderne de son appartement, il ne passe que quelques heures par jour au bureau…

 

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Et si la saison 5 de Mad Men annonçait le début d’une série sans Don Draper ? C’est concrètement l’impression que l’on a lorsque l’on suit ces deux épisodes.

 

Les personnages que l’on voit le plus sont Roger Sterling, Lane Pryce, Joan et Pete Campbell.

 

Roger est fidèle à lui-même et c’est exactement la raison pour laquelle on pressent sa descente aux enfers. Il sait parfaitement qu’il n’est plus celui qui clôt les accords et signe les contrats, mais il se bat bec et ongles afin de garder sa position de « senior partner » qui lui file entre les doigts. Lane Pryce, quant à lui, a hérité de la seule histoire qui m’a ennuyée. Son obsession pour une femme qu’il n’a jamais vue va sûrement s’étendre sur plusieurs épisodes et son personnage n’y gagnera rien, à part se faire reléguer au second plan comme Bert Cooper, vieux crouton qui ne sert définitivement plus à grand chose.

 

Joan me fait aussi très peur, et je ne suis pas la seule. Elle qui était l’incarnation de la femme forte, qui se faisait pourtant souvent avoir par les hommes, va probablement se retrouver à parler de bébé pendant au moins une saison, en luttant pour montrer qu’elle peut être une mère et travailler en même temps. Certes, c’est un beau combat, mais celui de Peggy s’annonce plus passionnant. Et on verra moins de gros plans sur des fesses de nouveau-nés.

 

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(Des fesses de nouveau-né)

 

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(Joan qui tente un nouveau look)

 

Reste Pete Campbell, qui est probablement en train de devenir le personnage principal de la série. Aussi repoussant qu’il a pu être, on remarque que la majorité de ses idées sont bonnes, qu’il peut avoir de l’humour et que c’est son travail qui permet à SCDP de garder la tête hors de l’eau. De plus, il est clairement la personne la plus sensible aux questions raciales, expliquant qu’il est hors de question d’appeler la sécurité pour se débarrasser de candidats noirs qui ne font que répondre à l’offre d’emploi de l’agence.

 

Reste à espérer que cette storyline sera plus développée, car il serait temps que Mad Men s’attaque vraiment à ces questions difficiles mais inévitables, surtout à deux années maximum de la fin de la série.

 

Au final, on retrouve quand même le Mad Men qu’on a toujours aimé, et cela fait du bien. Le début de cette saison n’est pas exceptionnel, il n’y a rien de bouleversant ou de choquant, mais on prend du plaisir à revoir les personnages, les décors et à entendre la musique et les dialogues si prenants.

 

Comme toujours, on est dans le politiquement incorrect. Pour ma part, les moments qui ont le plus tendance à me marquer sont ceux qui rappellent aux téléspectateurs les habitudes des gens dans les années 1960. Betty qui réprimande sa fille qui joue avec un sac plastique sur la tête, non parce qu’elle risque de s’étouffer mais parce que la petite a sûrement froissé les vêtements qui étaient dans le sac ou encore la conscience écologique toute relative des personnages en étaient de parfaits exemples.

 

Dans ce début de cinquième saison, nous sommes en juin 1966, mais rien ne change réellement :

- Roger Sterling porte un nouveau-né (qui est accessoirement son enfant illégitime) et lui souffle la fumée de sa cigarette dans le visage

- Le même Sterling arrive au bureau en lançant un subtil « is it just me or is the lobby full of negroes » ?

- Des employés de bureau blancs lancent des bombes à eau sur des manifestants noirs qui se battent pour une égalité de traitement et de droit

- On n’hésite pas à se moquer d’un homosexuel noir efféminé

 

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(La bombe à eau de l’époque)

 

Reste à pleurer January Jones, actrice universellement détestée pour son incarnation de la controversée Betty Draper, qui rappelle aux téléspectateurs que si l’on a pu souhaiter un instant qu’elle disparaisse à jamais de nos écrans, nous avions bien tort. En espérant que l’actrice, malgré sa grossesse, fera tout de même quelques apparitions sur le petit écran, il ne nous reste qu’à nous contenter de Megan, même si on sait d’ores et déjà qu'elle ne jouera jamais vraiment dans la même cour.

Publié dans Actualité

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