Jumping the Shark

Publié le par sharkjumping


Aujourd’hui, je dois vraiment te parler d’un truc trop cool.

Aujourd’hui, nous allons nous intéresser à un phénomène à la fois attristant et hilarant…

 

Je ne sais pas quelles séries tu regardes, brave lecteur, ou même si tu en regardes (mais dans ce cas, tu n’as vraiment pas dû bien comprendre le sous-titre de ce blog, donc on va dire que tu en regardes.)

 

Et du coup comme tu en regardes, tu t’es forcément un jour retrouvé confronté à la dure réalité du shark jumping. Prenons un exemple, tu vas comprendre. Alors que tu regardais tranquillement le dernier épisode de la saison 9 de Dallas, diffusé sur M6 probablement quand tu avais 4 ans et demi, tu as mordu ton oreiller de surprise en découvrant Bobby Ewing qui prenait nonchalamment sa douche.

 

Oui, là sur le coup, tu ne comprends pas tout.

 

Pourtant, dans le dernier épisode de la saison 8, Bobby s’était fait renverser par une voiture et avait été laissé pour mort ! Dallas avait même passé toute une saison 9 sans son caractère fétiche, et Pam (oui, Pam, veuve de Bobby) avait été carrément triste pendant un an.

 

Mais en fait, Dallas t’explique que c’était une joke ; en fait Bobby il était en vie, toute la saison n’était qu’un rêve de Pam. Un rêve qui a duré un an !

En fait Bobby n’est pas mort, non, il prenait sa douche.

 

Et là boum. Tu t’affales sur ton canapé, abasourdi par la nouvelle. Tu te rends compte que la série que tu kiffais vient de faire de la grosse merde.

 

Et bien figure-toi que dans le jargon des séries, ça s’appelle « jumping the shark », monsieur. Et comme de toute manière même si tu n’aimes pas les séries tu aimes peut-être les requin et t’as décidé de rester ici, je vais te raconter pourquoi :

 

Tout a commencé dans le premier épisode de la saison 5 de Happy Days.

Mais si, tu connais Happy Days, c’était en 1977 ! Non ? The Fonz ? Bon.

 

Cette série décrit l’Amérique des années 50, et a surtout eu beaucoup de succès grâce au personnage de Fonzie, un gars un peu tapé mais « attachant », comme on disait en 1977. Bref, les audiences commençaient à baisser après quatre saisons et les scénaristes étaient un peu en manque d’idées pour remonter la pente. Alors là, on imagine qu’un gars illuminé complètement bourré a débarqué dans la salle d’écriture et a lancé l’idée suivante : « Eh les gars j’ai une super idée ! Et si on écrivait que Fonzie allait faire du ski nautique pour montrer qu’il est cool et courageux, et qu’avec son short de bain et sa veste en cuir, il sautait en ski nautique au-dessus d’une cage immergée contenant un requin méchant ? »

 

Je te laisse deviner la suite.

 

De là est née la légende. Elle s’appellera : Jumping the Shark.

 

Depuis, « jumping the shark » est devenu une expression courante, et extrêmement crainte des scénaristes. Malheureusement, toi comme moi avons pu remarquer au cours de nombreux visionnages de séries, que le phénomène se propage telle une MST dans une Skins Party.

 

Notre but sera ici de relever un petit Top « 6 » des séries actuelles qui ont jumpé leur shark à une ou plusieurs reprises, de la série qui a effectué un petit jump au-dessus d’une crevette, jusqu’à celle qui a fait du saut en longueur de 18 mètres au dessus d’un cachalot. Nous relèverons les erreurs particulièrement grossières qu’il convient de ne pas faire si on souhaite ne pas perdre 65% de ses téléspectateurs autrefois fidèles, et nous moquerons allègrement des pires idées des scénaristes.

 

Voici, cher lecteur, le Top 6 des séries qui ont « jumped the shark ».


Sixième position : Charmed

Tu peux faire semblant de ne pas connaître cette série autant que tu veux, tu l’as regardée le samedi soir avec tes parents, ou encore pire, tu te faisais des soirées avec tes copains à disserter sur quel pouvoir tu préfèrerais avoir (et ouais, Phoebe elle se fait trop avoir au début, on est bien d’accord). Et tu l’appelais même « charmaide ».

Le fait est que, aussi nulles soient ces séries qui marquent notre enfance/jeunesse, elles sont néanmoins souvent les premiers déclencheur de l’addiction aux séries des gens comme moi, des gens sans contact social qui vivent par procuration en rêvant de lancer des sorts du Livre des Ombres.


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(Le pouvoir des Trois)


Malgré tout ce qu’on peut en dire, Charmed a eu un grand succès dans la fin des années 1990. Cependant, la série a perdu un grand nombre de ses « fans de la première heure » quand les producteurs/scénaristes ont décidé que ce serait marrant de tuer une des trois sœurs à la fin de la saison 3 (une querelle entre Alyssa Milano et Shannen Doherty, si tu veux tout savoir, et je sais que cette information restera en toi pour la vie).

Oui mais bon, quand l’histoire se base sur trois sœurs qui réussissent à tuer des démons grâce au « pouvoir des trois », quand y en a plus que deux, le pouvoir des trois il devient un peu plus complexe à invoquer.

Du coup, les scénaristes ont sorti de leur chapeau une… et tiens-toi bien parce que l’idée envoie du lourd ; demi-sœur !

 

Et ce n’est pas trop grave si c’est une demi-sœur, finalement. Tant que son nom commence aussi par un « P », le pouvoir des trois, il remarche.

 

Shark jumped.

 

 

Cinquième position : Grey’s Anatomy

 

Je vais être honnête avec toi, Grey’s Anatomy c’est un peu mon « Voici » à moi ; je l’achète, je le regarde, je m’en délecte, et ensuite je cache sous le Monde Diplomatique dans les toilettes, pour ne pas que ma réputation d’élite en prenne un coup.

 

Grey’s Anatomy, en 2004, c’était un peu la série qu’on attendait au tournant, car on pensait que Urgences allait bientôt rendre l’âme. On avait donc besoin de séries pour reprendre le flambeau. Sauf que Grey’s Anatomy a tout de suite mis l’accent sur les relations entre les médecins et les tirage de coup dans les placards, en oubliant un peu les patients (à l’exception du « patient unique au monde dont le toit d’une école vient de s’écrouler sur sa troisième jambe et il faut absolument la sauver parce que sa femme l’aime comme il est, avec ses trois jambes »). Donc quand on a accepté ce principe, on regarde la série avec beaucoup plus de nonchalance.

 

Cependant, même si on n’a pas de grandes attentes envers Meredith et ses copains chauds lapins, on se doit quand même de rester interdits devant la première moitié de la saison 5, appelée aussi « sex with a ghost » par les fans, encore consternés deux ans plus tard. En effet, et là je te le donne en mille parce que tu ne trouveras jamais ; Shonda Rimes (créatrice, productrice, scénariste) a décidé que ce serait marrant que son personnage « Izzie » Stevens (la belle gosse qui fait des films niais avec 27 robes de mariée au ciné) voie soudainement se présenter devant elle… son fiancé. Son fiancé, mort deux saisons plus tôt. Alors non, il n’a pas ressuscité. C’est un fantôme, oui monsieur. Un fantôme.


 

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(On joue à cache-cache ?)

 

Et au lieu de refuser d’un commun accord d’écrire un mot de plus, devant tant de bêtises, les scénaristes ont joué le jeu du « fantôme du fiancé mort » pendant une demi-douzaine d’épisodes. Jusqu’à demander à cette pauvre Katherine Heigl de nous faire croire qu’elle se tape son fiancé fantôme, et ainsi d’offrir au public une magnifique séance de « sex with a ghost ». Ca semble chaud comme ça, mais c’était surtout très, très triste.

 

La série ne s’en remet toujours pas, les audiences non plus.

Et je suis trop deg, parce que je veux mon Voici hebdomadaire.

 

Shark Jumped.

 

 

Quatrième position : Dexter

 

Evidemment, tu ne dois pas lire ça si tu n’as pas vu la fin de la saison 5 (mais là, il serait temps mon coco, parce que la 6 est déjà bien entamée)

 

En effet, si tu es resté sur l’impression de la saison 4 (et tu devrais), tu ne comprends pas vraiment de quoi je veux parler. Alors oui, la saison 3 n’était pas top avec Dexter et son nouveau pote Miguel Prado qui découvre que Dexter tue des méchants alors lui aussi il veut, mais en fait Miguel pète les plombs et tue tous ceux qui le regardent de travers.

 

Mais le requin n’avait pas été sauté, parce qu’il restait tout de même ce qu’on aime chez Dexter ; ses (non)expressions, sa voix-off sarcastique, sa tentative de maintien d’une vie de famille… Que des caractéristiques que les scénaristes ont su reprendre avec brio dans une saison 4 plus qu’efficace (qui s’arrête en apothéose lorsque Dexter rentre chez lui pour trouver son fils assis en pleurs dans la salle de bain, baignant dans le sang de sa mère).

Une image forte qui était un « cliffhanger » superbe et qui en même temps, « bouclait la boucle » de la série. Le fils de Dexter vivait alors exactement la même chose que notre protagoniste, qui avait vu sa mère se faire tronçonner devant ses yeux à trois ans (that’s right). Cette fin de saison regorgeait d’un cynisme indescriptible, mais qui colle parfaitement à l’image de la série, et qui finalement menait à croire que Dexter ne parviendrait jamais à mener la vie « normale » à laquelle il aspirait, fin plus que logique et acceptable.

 

Ainsi, en renouvelant la série pour une cinquième saison, les scénaristes sont devenus victimes de leur propre génie. On retrouve un Dexter sans beaucoup d’intérêt, qui donnait pourtant des signes prometteurs dans le premier épisode de la saison 5, en pétant les plombs et battant à mort un inconnu dans un bar. Cependant la série a vite perdu tout ce qui la caractérisait ; les enfants de Rita s’en vont, et Dexter « élève » son fils d’un an à travers la patience d’une nounou plus que « compliant » (c.f modèle C.A.D de ton cours de marketing), et Dexter se met à chercher à se venger de la mort de Rita en aidant une victime (Lumen) de viol à tuer ses bourreaux un par un. Dans cette quête de vengeance, Dexter devient peu à peu (et beaucoup trop) « humain » et sa relation avec Lumen devient presque « rationnelle ».

 

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(« tu tues des gens qui sont pas très gentils ? ok ben moi je veux tuer mes anciens bourreaux, alors on s’associe si tu veux, et puis si on couche ensemble au passage, c’est tout bénef ! »)

 

Bref, il ne faut pas non plus imaginer que la série perd tout de son charme, surtout comparée à celles qui l’entourent actuellement, cependant on voit mal comment les scénaristes pourraient se sortir de ce « shark jumping » quasiment volontaire. On en vient à espérer que la saison 6 soit la dernière, et qu’elle s’achève dans le cynisme qu’elle véhiculait ; avec un Dexter qui arrête de lutter contre son « dark passenger », et qui finit par tuer tout ce qui bouge en cédant à toutes ses pulsions.

 

On voit mal comment la série pourrait finir sur une Happy End. Si c’était le cas, on risquerait d’en oublier la série exceptionnelle et révolutionnaire qu’on avait découvert en 2006, se demandant à l’époque s’il était possible de faire mieux en matière de séries télévisées.

 

Shark Jumped.

 

 

Troisième position : How I Met Your Mother

 

Je ne te ferai pas l’affront de comparer HIMYM à Friends. Je me souviens de la sortie de cette série en 2005, un an après la fin de la série mythique de David Crane, Kevin Bright et Martha Kauffman. On ne voyait pas vraiment ce qu’une nouvelle sitcom située à New York pouvait faire pour combler le manque que ressentaient les fans de la série des « six amis » qui passaient leur vie au Central Perk. Dans les acteurs, on ne connaissait que Alyson Hannigan, la VBF de Buffy la tueuse de vampires, et Jason Segel pour les fans de « Freaks & Geeks » (1999-2000). 

 

Pourtant, on s’est vite rendus compte que la série était différente. Elle a rapidement développé un style bien à elle ; les épisodes tournés sans public, puis diffusés devant un public en enregistrant à ce moment là les rires que l’on entend sur la bande-son, les private jokes récurrentes (Robin Sparkles, le Slap Bet, « Lawyered »), les théories de Barney (The Lemon Law, The Cheerleader Effect, The Hot/Crazy Scale, The Bro Code), Neil Patrick Harris.

Ainsi, pendant deux saisons, on a compris que l’humour avait évolué à la TV, et qu’il était possible de faire une sitcom sans le côté « cinq personnages sur un canapé qui s’envoient des blagues gentilles, en souriant gentiment ».

 

Evidemment, le titre de la série mène à penser que Ted et la « recherche » de la mère de ses enfants soit au cœur de la série, et ce fut le cas pendant les deux/trois premières saisons (évidemment, les saisons 2 sont toujours les meilleures, mais ça, c’est pour un autre article).

 

Cependant, HIMYM a « jumped the shark » dès le premier épisode de la saison 4, tout simplement parce que Neil Patrick Harris avait pris le rôle principal de la série. Les autres personnages ne servaient que d’excuse à son génie comique et sa capacité à attirer les regards sur lui. Du coup, les producteurs ont pensé bien faire en profitant de sa notoriété et en offrant « toujours plus » aux fans.

 

Mais à cause de cette omniprésence, l’esprit de la série s’est peu à peu évaporé. Je ne suis pas franchement fan de la « quête » de Ted pour trouver la femme parfaite, et passer une saison à le voir tenter une relation avec Robin ou Stella ne me gène en aucun cas. Beaucoup de fans sont désespérés car ils considèrent que la série doit se concentrer principalement sur ça, et n’acceptent pas le principe d’évolution d’une série.

 

Les scénaristes n’ont non seulement pas rendu ces fans heureux, mais ils ont, de surcroit, carrément craqué leur slip, en imaginant que tout leur était permis. De Marshall qui perd tout son potentiel comique (à défaut de perdre les 400 kilos qu’il a pris entre deux saisons) à Lilly qui devient tout simplement insupportable, aux histoires invraisemblables (Marshall qui se fait racketter par un singe, tout le gang qui recherche le « hamburger parfait » pendant un épisode entier) en passant par la relation complètement improbable entre Barney et Robin ; on a accumulé les sauts de requins.

 

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(Let me tell you the story of How I Gained 600 Pounds In 3 years)


Nous sommes actuellement à la saison 7, et j’ai fait mon deuil de How I Met Your Mother. J’ai donc accepté qu’il ne faille plus rien attendre de la série, excepté vingt minutes « sympathiques » par épisodes, dans lesquels les scénaristes et les acteurs s’amusent encore assez pour que l’on passe un bon moment, immergés dans leur délire. 

 

La série existe encore et l’étendue des dégâts ne l’a pas achevée, mais le requin a bien été sauté, et pour le moment, les scénaristes n’ont pas encore décidé d’atterrir de l’autre côté de la cage.

 

Shark Jumped.

 

Deuxième position : Prison Break

 

Les années 2004 et 2005 furent des grands crus en matière de séries « novatrices ». Prison Break fait partie de ces dernières, de part son format original et très peu traité à l’écran. Alors que « Oz » était entrée dans le quotidien des spectateurs qui ont eu le courage de regarder la manière extrêmement violente dont l’univers carcéral était dépeint, Prison Break vint s’inscrire dans la sphère de ces séries « dures » ayant la particularité de laisser le téléspectateur dans un état de tachycardie avancé à la fin de chaque épisode.

 

Prison Break, c’était l’histoire d’un ingénieur trop malin qui s’est fait incarcérer dans une prison volontairement afin d’en faire échapper son frère (et comme il est malin, il l’a fait en se tatouant les plans de la prison sur le corps. C’est un concept).

 

Cependant, et le créateur Paul Scheuring le savait, le projet bien qu’ambitieux était évidemment limité dans le temps ; une fois que les prisonniers s’évadaient, cela devait sonner le glas de la série.

 

Seulement quand une série fonctionne, il est rare que les producteurs arrivent à contenir leurs ardeurs, et ils tentent souvent de surfer sur le succès de la série en s’attirant un maximum d’audience. Ainsi, la saison 1 de Prison Break fut un chef d’œuvre de réalisation et d’intelligence, à la fin de laquelle les prisonniers (le héro Michael, son frère, ainsi que d’autres détenus qu’il s’est vu obligé d’accepter avec lui car ils lui étaient d’une aide précieuse) parviennent à s’échapper.

 

Mais ce qui devait arriver arriva, et la série fut renouvelée. Contre toute attente de « shark jumping » imminent, les scénaristes s’en sont globalement bien sortis, et mettant en scène une « chasse à l’homme » particulièrement prenante dans la saison 2, et on en venait à se dire que finalement les séries pouvaient ne pas être victimes de leur succès.

 

Cependant l’avidité des producteurs a encore une fois supplanté le bon sens des scénaristes, et ces derniers continuèrent à écrire pendant encore deux années. Il fallait donc imaginer des histoires folles pour parvenir à garder l’esprit de la série (des retournements de situations toutes les quatre minutes et des conflits entre Alpha Males bourrés de testostérone). Et pour cela, ils ont donc décidé de remettre Michael et ses petits copains en prison dans la saison 3, pour qu’ils puissent à nouveau passer un an à chercher à s’en échapper !

 

Et en matière de « shark jumping », ils sont allés bien plus loin en tuant le seul personnage féminin de la série (et « love interest » de Michael, qui est rapidement devenue sa copine dans la saison 2), en découpant la tête de la médecin Sara, et la mettant dans un carton.

 

Sauf que tuer un personnage comme ça, ce n’est globalement jamais une réussite, sauf quand on fait s’asseoir son fils dans la marre du sang de sa mère, égorgée dans une baignoire. Du coup les scénaristes ont décidé de faire revenir le personnage ! En résumé, l’explication fut « non mais en fait c’était pas sa tête dans le carton, c’était un fake, t’es con t’as pas bien regardé, je t’ai bien eu ! ». Et Sara de revenir comme si de rien n’était.

 

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(Franchement moi j'avais tout de suite capté que c'était une fausse, personne ne fait cette tête quand on est en train de leur couper)


Finalement, le shark était jumpé depuis bien longtemps, alors foutu pour foutu, les scénaristes ont tué le personnage principal dans l’épilogue de la saison 4. Comme ça, on est sûr de ne pas regretter la série.

 

Shark jumped.

 

 

Première position : Lost

 

Tu l’attendais, je te l’offre sur un plateau d’argent. Lost. Ou « Perdus », au Québec.

 

Don’t get me wrong, Lost était réellement une passion pour moi, dans les années 2004-2005. Tout d’abord parce que son producteur et créateur, J.J Abrams, était le créateur de la série Alias, une série folle qui a attiré les plus grandes guest stars ainsi que des réalisateurs tarés comme Tarantino (pour deux épisodes superbes de la saison 1).

 

Du coup, JJ Abrams (qui a « récemment » lancé Fringe, si ça te dit quelque chose) (et aussi l’an passé, Undercovers, mais ça il  ne faut vraiment pas s’en approcher) est un peu vu comme un « patron » en matière de séries, et globalement la réputation est à la hauteur de son travail.

 

Lost est donc apparue en 2004 comme un ovni sur la chaîne ABC, notamment grâce à son épisode « Pilot » qui avait été à l’époque le plus cher à tourner dans toute l’histoire des séries (entre 10 et 14 millions de dollars pour ce seul épisode). Tout ça pour expliquer que la série était partie pour être franchement cool. Plein de personnages compliqués (on n’ira pas jusqu’à dire complexes), une île, des mystères ; un succès immédiat en terme d’audience.

 

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La saison 1 s’était concentrée sur les personnages et leur adaptation sur l’île, et c’était très bien ainsi. La saison 2 nous a fait découvrir qu’il y avait d’autres survivants du même crash sur l’île. Mais en plus, on a aussi appris qu’il y avait sur l’île des phénomènes bizarres, qui étaient étudiés par des scientifiques depuis les années 1970 (en construisant des bâtiments étranges comme « The Hatch »).

 

Ok, donc là il y a déjà pas mal de gens dans la série, entre nos amis les passagers, les autres passagers qu’on découvre, et les scientifiques (de la « Dharma Initiative ») qui étudiaient les phénomènes en 1970. Mais dans la saison 3, Hop ! Apparaissent des habitants de l’île : the Others (vraiment ?). Du coup, une saison gâchée à essayer de comprendre qui sont ces Autres. Mais pendant ce temps, il y en a quand même qui ont vraiment envie de dégager de l’île maléfique habitée par des ours polaires, des cabines où il faut appuyer sur un bouton toutes les 108 minutes, et des Autres.

Du coup dans la saison 4, on arrête d’avoir des flashbacks sur les personnages, mais à la place on a les flashforward (et je suis bien contente de te l’expliquer à l’écrit, parce que pour dire « flashforward » à quelqu’un et se faire comprendre, faut y aller).

Dans ladite saison 4, six personnages arrivent donc à s’échapper de l’île ! Mais en fait il y en a un qui pense qu’il faut qu’ils y retournent, du coup ils reviennent tous les six sur l’île dans la saison 5 !

 

Et la saison 5, elle en tient encore plus une couche, côté inepties, que tout ce que tu as pu imaginer avant ; parce que l’île voyage maintenant dans le temps (True Story) ! Et du coup les personnages de l’île… ils sont bloqués en 1977. Et ça craint vraiment parce que les papiers peints des maisons des Autres sur l’île étaient vraiment trop moches à cette époque. Et en plus, comme les six qui se sont barrés de l’île mais qui veulent y retourner vivent, eux, en 2006, ils n’arrivent pas à trouver leurs potes sur l’île (ben non, les autres sont en 1977, tu suis ?)

 

Et puis bon, au final, JJ Abrams s’est dit qu’il avait quand même entubé pas mal de monde en nous faisant croire depuis la saison 2 que « tout était prévu à l’avance ».

OUAIS ! et moi j’ai jamais regardé Buffy contre les vampires.

 

Ainsi dans la saison six (et finale), les scénaristes se sont appliqués à nous vendre des révélations absolument affligeantes (« ben oui, les deux galets blanc et noir que Jack avait trouvé dans la saison 1 sur des cadavres, ben en fait ça représente la bataille entre le bien et le mal, quand l’île était encore gouvernée par deux frères jumeaux, un gentil et un vilain ! Et puis le vilain il est habillé en noir, parce qu’il est vilain. »)

 

Et pour finir, comme si on n’avait pas assez souffert, les scénaristes plantent un dernier coup de pelle dans leur tombe  en nous montrant qu’en fait, les flashforward, ça n’était pas des flashforward, c’est tout simplement la vie des personnages après leur mort.

OUAIS !

 

Après tout ça, on peut décemment affirmer que « jumping the shark » est bien trop faible comme expression pour décrire l’incompétence des scénaristes, et leur capacité impressionnante à détruire les projets les plus prometteurs.

 

Shark Jumped.

 

 

Ces séries qui te laissent abattu dans ton fauteuil, elles sont évidemment bien plus nombreuses, et je n’ai sélectionné que celles qui m’ont particulièrement marquées.

 

Par ailleurs, si toutes les séries semblent avoir plus ou moins « jumped the shark » au bout d’un certain temps, doit-on en penser qu’il n’existe pas de série imperméable à ce « shark-effect » ? Ou sommes-nous simplement trop attachés à un concept (un tueur en série qui tue des méchants, un docteur cynique qui boite, des publicitaires dans les années 1960), pour qu’un changement important dans l’histoire de nos personnages préférés sonne la fin de notre intérêt pour une série dans sa globalité ?

 

Vous avez 6 heures.

 

Publié dans Sciences des séries

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