Lena Dunham, Y U NO MARRY ME ?

Publié le par Marie Turcan

Peu de gens le savent, car beaucoup s’en tapent, mais j’ai longtemps convoité une carrière de scénariste. Et puis je me suis rendue compte que soit le milieu était bouché, soit le chemin pour arriver au Saint Graal était des plus tortueux, soit il fallait aller vivre aux Etats-Unis pour galérer 10 ans avant de pouvoir intégrer une équipe de 20 scénaristes pour une sitcom qui ne sera jamais choisie par un network.


J’admirais pourtant des créateurs de génie comme J.J Abrams, qui était mon héros alors que Alias était sa dernière production en date, ou encore Marc Cherry qui a réussi à sortir une des meilleures premières saisons d’une série jamais imaginée. Néanmoins, ces scénaristes sont à la fois des hommes, pas tout jeunes, qui ont à leur actif des séries très connues et pour qui les portes des studios sont grandes ouvertes. Rien dans quoi de jeunes aspirants scénaristes pourraient vraiment se reconnaître.


 

Et Lena Dunham est arrivée, avec sa série Girls, après son premier film Tiny Furniture sorti en 2010 et accueilli chaleureusement par la critique et par le petit monde des hipsters branchés de New-York. Lena Dunham, 26 ans, créatrice de la nouvelle série la plus en vogue d’une des chaînes câblées les plus respectées d’Amérique.

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Girls a réussi à s’imposer sur les ondes alors qu’elle ne ressemble pourtant à aucune autre série. D’habitude, les séries comiques vraiment drôles et reconnues par les passionnés sont des productions indépendantes, décalées, à petit budget et caméra à l’épaule (Louie, Arrested Development, Curb Your Enthusiasm, Scrubs), mais Girls est une production qui a des moyens, qui tourne avec plusieurs caméras et qui a su construire sa propre esthétique.

 

Au lendemain du dernier épisode de la première saison, les articles fusent sur cet ovni qui a révolutionné la télévision, qui réussirait pour la première fois à attirer plus de garçons que de filles devant une série affublée du label « Chick Show ».  Comparer Girls à Sex And The City serait une trahison sur l’autel de l’humour et du bon goût : à part quatre filles blanches qui vivent à New-York, il ne faut s’aventurer à aucune autre comparaison.

 

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(Non. Ceci n'est pas la même série)


Les deux idées qui reviennent le plus, dans les critiques concernant la fin de cette saison sont :

1) Adam est génial, en fait

2) Hannah est vraiment une sale égoïste, comment peut-on être aussi narcissique ?

 

La question à se poser est plutôt : comment Dunham a-t-elle réussi à créer des personnages aussi géniaux, improbables, gênants, bizarres, énervants, réalistes, merveilleux ? Elle aurait pu avoir envie de donner certains trais de caractères attachants à la protagoniste qu’elle incarne… Elle décide au contraire d’en rajouter et de se transformer en le personnage le moins apprécié de la série.

 

Il est presque drôle d’entendre les commentateurs s’exciter contre un personnage qui a justement été créé pour incarner l’incertitude et le narcissisme de sa jeunesse. Lorsque des jeunes filles s’échangeront les traditionnels « alors, tu es plutôt une Hannah ou une Jenna ? », personne n’osera assumer qu’elle se retrouve beaucoup plus dans la héroïne que dans la hippie British qui vit au jour le jour sans penser aux conséquences.

Hannah est à la fois bourrée de défaut et pourtant si crédible qu’on en oublie qu’elle n’est pas réelle. Comme on en oubliait que Adam et sa manière dégoutante de traiter la héroïne dans la première moitié de la série n’est que le pur produit de l’imagination de la scénariste de génie.

Puis Adam le dégoûtant devient Adam l’émouvant, dont on ne sait pas si les remarques étranges traduisent la réflexion d’un poète ignoré ou simplement d’un gentil dingue.

 

Lena Dunham réussit l’impossible : créer des personnages que l’on n’avait jamais vu ailleurs. Et ça fait un bien fou. Marry me, Lena. 

Publié dans Bilan

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