Sang, sexe et spiritualité

Publié le par Marie Turcan

La saison 5 de True Blood a récemment touché à sa fin le 26 août dernier dans un florilège de meurtres plus sanglants les uns que les autres. Une fin à l’image de cette année relativement pauvre en storylines marquantes, qui est également la dernière de Alan Ball, le créateur original et showrunner de la série pendant cinq années.

 

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On peut comprendre pourquoi HBO n’a pas souhaité profiter de son départ pour clôturer la sérietellement celle-ci continue à faire de très bonnes audiences, malgré la redondance des thèmes abordés par les scénaristes ainsi que la multiplication de personnages sans grand intérêt.

 

Si au départ, True Blood était une histoire de vampires et de jeune fille en fleur au fin fond de la Louisiane, elle s’est métamorphosée au fil des années en exploitant tous les êtres surnaturels créés par Charlaine Harris dans The Southern Vampire Mysteries, une saga qui compte aujourd’hui douze livres et dont la série est l’adaptation télévisuelle.

 

On compte, à ce jour, des fées, des loups-garous mais aussi des werepanthers (attention, dans les livres il existe également des weretigers et des werefoxes, des espèces que l'on doit s'attendre à voir un de ces jours sur les écrans de télévision), des Wiccans, des sorcières et des shapeshifters qui font de l’ombre aux rares humains encore en vie dans la série (soit Andy, Terry Bellefleur, Arlene et Jason). Même les meilleurs amis de Sookie, à la base humains, se sont soit découvert des pouvoirs magiques (Lafayette qui devient un sorcier), soit ont tout bonnement été changés en vampire, comme Tara, ce qui a au moins eu le mérite de lui redonner une place dans la série, qu’elle n’avait plus depuis quelques années.

 

Le problème de True Blood réside en effet dans son développement progressif en série « chorale », s’éloignant des vampires pour donner plus de place à une multitude de seconds rôles inintéressants. Si l’on prend cette dernière saison, on dénombre pas moins de sept histoires qui n’ont quasiment pas de liens les unes avec les autres. Terry Bellefleur et un ancien camarde de guerre (Scott Foley qui aurait mieux fait de ne pas mourir dans Grey’s Anatomy) sont poursuivis par une malédiction, Andy met une fée enceinte, Sam se fait poursuivre par des tueurs d’êtres surnaturels, Pam et Tara servent de quotas LGBT, Jason, Jessica et Hoyt incarnent le triangle amoureux mièvre de base et Alcide vient montrer ses abdos devant une meute de loups-garous en quête d’un nouveau chef. Au final, une seule de ces histoires concerne les vampires qui ont fait la renommée de True Blood ainsi que ses héros principaux, Bill, Eric et Sookie.

 

C’est bien là qu’est le problème, car la storyline des vampires est intéressante et montrait pourtant beaucoup de promesses : on fait enfin la connaissance des personnalités qui se cachaient depuis cinq ans derrière le label « The Authority », emmenée par Roman, qu’incarne brillamment Christopher Meloni (Law & Order), avant de les voir peu à peu sombrer dans le spiritualisme et se diviser en deux clans : ceux qui sont pour la cohabitation entre humains et vampires, et ceux qui pensent que Dieu est un vampire, et que ces derniers sont supérieurs à toute autre forme de vie.

Evidemment, au cours de la saison, ce sont ces derniers, les « Sanguinistas » qui prennent l’ascendant sur les autres, ainsi que le contrôle de the Authority, allant même jusqu’à saboter les cinq seules usines de Tru Blood au monde afin que la boisson à base de sang synthétisé ne soit plus disponible et que les vampires soient forcé d’en revenir à leur vraie nature : se nourrir de sang humain.

 

On retrouve alors un parallèle qui avait depuis longtemps disparu de la série, celui de la religion et de l’intolérance que l’on retrouve même dans le générique de la production, où la devanture d’une église imaginaire affiche fièrement la devise « God Hates Fangs » (Dieu déteste les canines/vampires), qui rappelle le fameux « God Hates Fags » que beaucoup d’homophobes utilisent encore aujourd’hui.

 

S’engage alors une bataille sans merci entre les vampires « Sanguinistes » pour savoir qui sera l’Elu choisi par Dieu, qui n’est autre qu’une femme vampire du nom de Lilith, et qui les conduit évidemment à leur perte.

 

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(True Blood, ou le défi des maquilleurs)


Reste à savoir ce que l’on a envie de retenir de cette saison : les vampires ou tout le reste. A force de multiplier les personnages sans les rendre attachants, Alan Ball a créé trop d’histoires pour un format d’épisode qui n’excède pas les cinquante minutes. Il suffit de faire une simple division pour se rendre compte que 9 minutes d’un personnage par épisode, c’est extrêmement frustrant, surtout lorsqu’il faut en supporter 41 autres sur des protagonistes inutiles qu’on a fait apparaître un jour et dont on ne sait pas bien comment se débarrasser.


Ainsi, on ne pourrait que conseiller aux successeurs de Alan Ball d’alléger les épisodes et de réduire le nombre d’histoires, ce qui ne les empêchera pas de pimenter allègrement chaque épisode des thèmes qui ont fait la réputation de True Blood, du sang et du sexe, pour ne pas perturber les puristes.

 

 

Remarque : On notera tout de même l’originalité présente dans les campagnes de pub depuis cinq ans, dont les publicitaires s’éclatent toujours autant à faire des jeux de mots qui font mouche. 

 

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